Vivre avec les inondations ou le transfert de l’imprévu ?

Par Joana Guerrin
Français

Le gouvernement du risque inondation tel qu’il s’organise en France depuis le 19e siècle vise à protéger les habitants des aléas en tentant de prévoir leur occurrence, en contrôlant les flux d’eau lors d’une crue par des aménagements tels que les digues, et en indemnisant les victimes en cas d’inondation. Ce « paradigme de protection », qui a longtemps présidé à l’aménagement des fleuves domaniaux en France, permet à l’État d’éviter et, le cas échéant, de prendre en charge l’imprévu. Or, à partir des années 1980, ce modèle subit des critiques, relatives au coût de cette politique publique, à la fragilité des infrastructures de protection, et au faux sentiment de sécurité qu’elles véhiculent. Dès lors, un nouveau paradigme émerge, que l’on qualifie de « paradigme de gestion durable des inondations », qui vise à encourager l’adaptation au risque inondation plutôt que la protection et laisse plus de place à l’imprévu. En particulier, la mise en œuvre de certains instruments comme la restauration de zones d’expansion de crues vise à transférer la prise en charge de l’imprévu du niveau central au niveau local. Or, sur le Rhône aval, la mise en œuvre de cet instrument a provoqué des résistances de la part des collectivités locales. Ces résistances sont analysées comme une mobilisation des collectivités contre le transfert de l’imprévu opéré par l’État.

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